mardi 3 avril 2012

Walter Sickert et son mystère

Walter Richard Sickert est un peintre anglais né d'un père germano-danois et d'une mère britannique. Il a vu le jour à Munich en 1860 et est arrivé en Angleterre très jeune. Il commença une carrière d'acteur en jouant des petits rôles dans la compagnie de Sir Henry Irving (1838-1905), le plus grand acteur de la période victorienne. Rapidement, il s'oriente vers la peinture et devient l'assistant de Whistler. Il se rend ensuite à Paris où il rencontre Degas qui va l'influencer profondément.


Photographie de Walter Sickert en 1884.


A cette période Sickert peint avec une palette sombre qui rappelle un peu celle d'Eugène Carrière. De l'impressionnisme, il retient le travail en touche. Petit à petit, la touche s'agrandira devenant de grandes trainées nerveuses.


La Fin de l'acte. Huile sur toile, 1885.


Portrait de la première femme de l'artiste
Huile sur toile, 1885.


Toute sa vie Sickert s'intéressera au théâtre, nom pas au théâtre bourgeois, mais aux music-halls populaires. Il y traque les réactions de la foule en utilisant des point de vue originaux, presque cinématographiques et des lumières que Degas avait déjà utilisés dans ses vues théâtrales.

Le Vieux Bedford. Huile sur toile.


Noctes Ambrosianae. Huile sur toile, 1906.


Chanteuse de music-hall. Huile sur toile.


En 1888, une affaire éclate à Londres dont on parle encore aujourd'hui, l'affaire de Jack l'éventreur. Comme, on le sait, c'est dans le quartier populaire de Whitechapel qu'une série de cinq meurtres de prostituée dans des conditions atroces se déroula. Aujourd'hui encore, la personnalité de Jack l'éventreur reste mystérieuse. Des hypothèses multiples ont été émises. On a désigné une personnalité de la haute société, y compris le Duc de Clarence, un médecin, un émigré canadien sans que ces hypothèse aboutissent à une quelconque certitude.
Richard Sickert fut fasciné par le crime et persuadé qu'il habitait dans le même immeuble que l'assassin. Il peignit un tableau appelé, La Chambre de Jack L'éventreur.

La chambre de Jack l'éventreur. Huile sur toile, vers 1888.


Un certain nombre d'auteurs, pas toujours très sérieux, ont fait l'hypothèse que Jack l'éventreur était un complice de Sickert ou Sickert lui-même.
La plus célèbre est Patricia Cornwell. Elle utilise des arguments qui ne sont guère convaincants, comme l'utilisation de l'ADN mitochondrial (qui ne s'hérite que par la mère) qu'elle dit avoir trouvé sur des toiles de Sickert comparée à l'ADN trouvé sur les lettres soit-disant envoyées par le criminel. Tout cela est très tiré par les cheveux, d'autant que des lettres prouvent que Sickert était en France au moment des crimes.
Bine que marié en 1885, Sickert avait une maîtresse, et peut-être un fils illégitime, qu'il venait souvent voir à Dieppe. Il nous a ainsi laissé des scènes de rue et de plage.

Baigneurs, Dieppe. Huile sur toile.


Dieppe, le quai Duquesne et la rue Notre-Dame. 
Huile sur toile.


La rue Pequet. Huile sur toile.


A cette période, Sickert expose essentiellement au New English Art Club, association fondée en 1885, qui réunit de jeunes peintres anglais comme Sargent, admirateurs de l'Impressionnisme français et opposés au traditionalisme de la Royal Academy.
Entre 1894 et  1904, Sickert fait de nombreux voyages à Venise et produit ainsi de nombreuses toiles relatives à cette ville. On voit bien le passage de son style de l'Impressionnisme à une sorte d'Expressionisme extrêmement personnel. Lors d'un séjour particulièrement pluvieux, il fera quelques portraits toujours inspirés de l'art de l'éclairage de Degas (La Giuseppina).

La place St-Marc, Venise. Huile sur toile, 1895.


Le pont du Rialto, Venise. Huile sur toile, 1900.


La place St-Marc, Venise. Huile sur toile, 1901-1902.


Santa Maria Della Salute, Venise. Huile sur toile.


La Giuseppina. Huile sur toile, vers 1904.


Bien qu'il ait réalisé assez peu de portrait, Sickert exécute en 1895 le magnifique portrait d'un afghan.

Portrait d'un gentilhomme afghan. Huile sur toile, 1895.


Sickert s'est parfois adonné à la caricature aussi bien pour des journaux comme le célèbre magazine satirique Vanity Fair qui parût de 1868 à 1914, que dans certains de ses tableaux.

Caricature de Israel Zangwill. Vanity Fair, février 1897.

Israel Zangwill (1864-1926) fût un célèbre humoriste et écrivain. Il fut un militant sioniste et un défenseur de l'émancipation féminine.


L'ennui. Huile sur toile.


Cependant les sujets principaux de Sickert sont les classes laborieuses et les prostituées qu'il fréquentait assidument malgré ses trois mariages. Il traite son motif avec un réalisme brutal. On est loin de l'idéalisation des nues d'un Cabanel ou même d'un Renoir. De même, il n'y a pas d'héroïsation du travail comme chez Constantin Meunier. Les intérieurs sont pauvres et tristes et les nues souvent laides. L'art de Sickert est rude. C'est un peu la rencontre de Courbet et de Munch !

Le mineur, blanc et noir. Huile sur toile.


Les chaussures aux nœuds roses. Huile sur toile, 
1902-1905.


Bonne fille. Huile sur toile, 1906.


Le lit de fer. Pastel, 1905.


La hollandaise. Huile sur toile, 1906.


Le lit de fer. Huile sur toile, 1906.


Nue en contre-jour. Huile sur toile, 1907.


Nue debout à côté d'un lit de fer. Huile sur toile, 1909.


La maigre Adeline. Huile sur toile.


Il est incontestable que ces nues aux chaires flasques et rosâtres, aux ombres grises ont inspirés de nombreux artistes anglais comme Lucian Freud.
Pour être plus près du motif, Sickert louait des ateliers dans des quartiers populaires de Londres, à Cumberland Market dans les années 1890 et à Camden Town en 1905. En 1907, une prostituée est égorgée dans le quartier après avoir eu des relations sexuelles avec son assassin. Ce meurtre fit la une des journaux et passionna Sickert qui réalisa un tableau l'année suivante, relatif à ce fait divers.

Le meutre de Camden Town. Huile sur toile, 1908.


Ce tableau est intrigant pour plusieurs raison. S'il n'y avait pas le titre, on pourrait imaginer simplement le départ du client après une passe avec une prostituée. Sickert gomme tout pathos et effets sanguinolents. Du reste, le tableau porte un autre titre, en forme de pied-de-nez aux critiques : Comment allons-nous payer le loyer ? Et de fait l'homme accablé peut très bien se poser une telle question. Un autre titre, toujours de Sickert, est Après-midi d'été.

Photographie de Richard Sickert par 
Georges Charles Beresford, 1911.


Photographie de Richard Sickert vers 1915.


Sickert a aussi réalisé quelques scènes d'intérieur qui se situe dans des milieux plus bourgeois comme La nouvelle maison, où on voit une femme assise qui semble éplorée, sans doute, de s'installer dans un intérieur qu'elle ne connaît pas.

La nouvelle maison. Huile sur toile.


Femme lisant un journal. Huile sur toile.


Juste avant la Guerre de 14, il patronne un groupe de jeunes artistes d'avant garde comme Augustus John (1878-1961), Wyndham Lewis (1882-1957) ou Jacob Epstein (1880-1959), dont certains font partie du Mouvement Vorticiste initié par Ezra Pound (1885-1972). Il fonde aussi le Groupe de Camden Town dont font partie Lucien Pissaro (1863-1944, fils de Camille), Augustus John ou Henry Lamb (1883-1960). Il a été aussi professeur à la Westminster School Art de 1908 à 1912 et de 1915 à 1918.

Autoportrait. Huile sur toile, 1920.


High Steppers. Huile sur toile, 1930. 


Walter Sickert est mort à Bath en 1942 à l'âge de 81 ans.

Photographie de Walter Sickert avec sa 
troisième femme en 1940.



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